Parfois, on se plaint. On se plaint du temps, on se plaint de la politique, on se plaint des cons qui avancent pas sur la route, on se plaint du sexe opposé. Mais si il est une constante chez les jeunes marnais, c’est cette sempiternelle plainte de « ça fait chier y’a rien à faire dans le coin ». De Reims à Vitry, de Montmirail à Ste Ménéhould, c’est la même rengaine.

C’est pourquoi mes Homeboys B-Wize & Benj, et moi même nous sommes sortis de la torpeur hivernale pour assister samedi 11 décembre dernier à la première soirée « ON & ALL », organisée à la Cartonnerie par FTZ, le crew Hip-Hop de Reims.

« Ça commence calme, p’tite mousse, apérobic à fond… »

Une fois arrivé (un peut à la bourre, la faute à B-Wize…), nous découvrons un Cabaret rempli. Tous les ages et toutes les mouvances sont là, du lycéen de 16 piges au daron de 50, ça promet une ambiance bon enfant !

Le show commence donc par Hustler Concept (accompagnés de DJ Bara). Jeune combo rémois, ces deux envoient sur tout : problèmes de thunes, perte d’êtres chers et autres inquiétudes sur l’avenir. A mon goût un « poil » trop hardcore pour ouvrir la soirée, ils s’en tirent tout de même très bien et préchauffent la salle comme il faut !

Twister est le deuxième à se lancer dans l’arène. Que dire sinon qu’il porte bien son nom ! Ça rime vite, très vite, ça court partout. Donnez un long-tee et un micro à Taz, et vous vous rapprocherez du personnage. Je n’ai pas la prétention de connaitre tous les MC’s du coin, mais honnétement, il mérite son titre de « MC le plus rapide de l’est ». Certains le font bien et ça peut passer, certains le font si mal qu’on ne panne rien à ce qu’ils racontent, et il y a Twister qui reste intelligible dans sa vitesse! Vraiment, chapeau!

Vient ensuite le tour de Athit. Un peu plus old-school que ces prédécesseurs, celui-ci nous sert un flow plus calme et des textes un peu plus « chauvin » (comprendre rémois). A l’aise dans ses sneakers, il fait participer le public et harangue la foule et continue donc de faire chauffer la salle pour la suite de la soirée…

« … ça s’énerve un peu, vodka-pomme avec des ptits glaçons !** « 

Voila LE gros morceau rémois de la soirée, KERJOSTYLE & THA MOTHAFONK. Pour la petite histoire et pour ceux qui ne connaissent pas encore (il en existe oui), ce combo s’est formé autour de Kerjo, issu de CREW2FU, MC qui ne paie pas de mine en soit,mais qui par sa culture et son écriture arrive à nous faire passer du rire au larmes tout en faisant réfléchir, ce qui est trop peu rare pour être signalé.

Son talent est d’autant plus mis en valeur pas la présence de son groupe sur scène. Et quand je dis « groupe », je ne veux pas parler d’un simple duo batteur-basse. Non, c’est une véritable armée qui se tient derrière lui! Il y a Dj Bara (qu’on a vu sur scène plus tôt dans la soirée), un indispensable trio basse-batterie-guitare qui pourrait se suffire à lui même sur des instrus funk à la Parliement ou Funkadelic et une bête de saxophoniste-flutiste-didjeridooiste.

Mais là où Kerjo fait très fort, c’est au niveau de ses « choristes » : on y retrouve Athit entendu juste avant sur scène, et surtout Meliphonk. Très jolie brin de fille, avec une voix à damner un saint et qui apporte une douceur et une sensualité en réponse au rap des deux MC’s. Un vrai plaisir pour les yeux, et surtout les oreilles ! Personnellement, le refrain de « l’homme » m’a donné une sacrée crise de frissons tant tous les éléments de cette horde sur scène s’équilibraient sans se marcher dessus, ce qui est toujours le risque avec une formation aussi grande.

Vient enfin, et pour conclure la soirée, Grem’s et Ntek. La couleur est annoncée dès le début du set quand ils annoncent, téquila et bédo à la main, ne pas avoir de DJ et qu’il vont « essayer de mixer »! Supermicro (autre alias de Grem’s) est typiquement un OVNI dans la musique française. Il rappe sur des instrus ne s’y prêtant peut être pas à la base, comme de la house ou du broken beat, tout en restant juste. Ça parle de baskets, de rien, de défonce, tout en restant dans l’humour. OK leur son n’est peut être pas à mettre dans toutes les oreilles (loin de là!) mais il faut avouer que ces deux là font le show et arrivent même a nous faire oublier qu’ils ne sont que deux sur scène ! Encore plus quand Ntek allume la « Machine ». Cette dernière, c’est Ntek lui même faisant du beatbox. Pas du « BOUM-BAK » de base, non, mais des beats élaborés composés de plusieurs instruments. Mais comme ça lui semble encore trop simple, il se permet de chanter en même, et ça, ça fait la différence dans le public.

Les deux comparses pour remercier les spectateurs restant font ensuite monter Starlion sur scène pour une vingtaine de minutes de freestyle, avec tour à tour la Machine comme instru, tour à tour du broken beat, les MC’s sautant dans la fosse, ayant décidé que la scène était devenue trop petite. La soirée se finit enfin sur un mix electro de la part de Grem’s permettant aux survivants dans le public de se fatiguer une dernière fois.

Ce fut une très bonne soirée, avec une mention spéciale à l’organisation de FTZ. Ces derniers ayant même poussé le vice jusqu’à occuper les changements de plateaux. Mais pas juste pour meubler. Ces petits moments, habituellement longs et ennuyeux, étaient remplacés par des cercles de danse, mixés par DJ Fire-Mike, et ayant permis à ZFT, la troupe de danse de Ismaël, le champion local, de se produire et d’exposer leur travail de chorégraphie ainsi que de rendre hommage à Barcella, autre pilier de FTZ.

* et là après avoir tout lu, vous vous dites que seules 3 des 4 disciplines ont été à l’honneur ce soir là…la 4ème étant le graff, je vous laisserai essayer de trouver ce qui a été graffé et où ;)

** Intro – qHuit Gran Bang

Merci à Anthone pour les photos et à Mitch ;)